Le châtaignier
Au cœur de la réhabilitation du corps de ferme
Aujourd’hui j’aimerais vous parler du châtaignier. Cet arbre magnifique, aux propriétés mécaniques exceptionnelles, est au cœur de mon projet de réhabilitation du corps de ferme – un projet mené dans l’esprit de L’ÉkoNatureVivrière© et dans le respect des techniques ancestrales.
Pourquoi le châtaignier ? Parce qu’il ne s’agit pas seulement de trouver des matériaux pour construire : il s’agit de renouer avec un savoir-faire, de respecter l’arbre et son cycle de vie, et de bâtir en harmonie avec la nature. Ce sujet ouvre en réalité de multiples portes : la charpente, les techniques d’abattage, et enfin l’usage des planches issues du tronc pour des aménagements nobles et durables.
L’art d’abattre et de préparer le bois
Pourquoi aller en forêt chercher des troncs entiers, plutôt que d’acheter simplement des poutres toutes prêtes ?
La réponse est triple : économique, technique et écologique.
Un tronc permet non seulement d’obtenir de belles poutres au cœur de l’arbre, mais aussi tout un éventail de matériaux secondaires : planches, bardages, petites poutres, volige, planchers… Rien ne se perd. Même l’« aubier » – la partie tendre de l’arbre souvent considérée comme un déchet – trouve son usage.
Mais surtout, couper un arbre à la bonne période – en suivant les cycles lunaires – change tout.
Un arbre, être vivant, contient de la sève qui nourrit autant sa croissance que… les insectes friands de bois. Abattu au mauvais moment, il reste chargé de nutriments et devient vulnérable aux « nuisibles ». Mais abattu « sous la bonne lune », quand la sève est redescendue dans les racines, le bois est naturellement plus sec, plus résistant, plus imputrescible. C’est un bois qui peut durer des siècles sans se dégrader.
Cette technique ancestrale, qu’on appelle parfois le « bois de lune », exige patience et humilité : il faut respecter les rythmes de la nature. Mais le résultat est incomparable.
Des usages nobles et durables : l’exemple de la piscine
Abattre un tronc, c’est récolter bien plus que des poutres : c’est aussi produire de magnifiques planches pour d’autres aménagements.
Un exemple concret : la piscine du domaine.
À première vue, une piscine n’est pas l’image de l’écologie… Mais puisqu’elle est là, nous avons choisi de la transformer en piscine d’eau naturelle. Autour, il nous faut une plage, un sol accueillant pour transats et moments de détente. Plutôt que du bois exotique importé ou des matériaux synthétiques, pourquoi ne pas utiliser nos essences locales, comme le châtaignier ?
Le problème, c’est que le châtaignier (comme le chêne) libère des tanins qui, au contact de l’eau, peuvent laisser de vilaines traces. C’est pour cette raison que l’industrie privilégie d’autres matériaux.
Mais là encore, les anciens avaient une solution : le ressuyage.
Il suffit de laisser les planches sécher à l’air libre, exposées aux saisons, séparées par des taquets. Au fil des pluies et du temps, le bois rejette ses tanins. Après un an, parfois un peu plus, il devient parfaitement utilisable sans risque de taches.
Résultat : un parquet de piscine en bois local, abattu à quelques kilomètres du lieu, préparé avec patience et respect, sans déforestation à l’autre bout du monde. Une ressource noble, belle et cohérente avec notre vision.
Un répulsif naturel bienvenu
Le châtaignier a une autre qualité, moins connue mais très appréciable : il est répulsif naturel contre certaines petites bêtes à huit pattes. Nous aimons la nature, nous respectons chaque créature… mais cela ne signifie pas que nous souhaitons partager nos espaces de vie avec elles.
Utiliser du châtaignier pour les charpentes, les planchers ou les aménagements extérieurs, c’est donc aussi une manière douce d’éviter d’« inviter » ces hôtes indésirables. Pas besoin de produits chimiques ni de traitements agressifs : la nature, encore une fois, fait bien les choses.
Le châtaignier n’est pas seulement un arbre. C’est un allié précieux pour reconstruire, réhabiliter et embellir le domaine dans l’esprit de l’ÉkoNatureVivrière©. Par lui, nous renouons avec un savoir-faire ancestral, nous respectons le rythme de la nature, et nous prouvons qu’il est possible de bâtir autrement : avec patience, bon sens et cohérence.